
Cheikh Ibrahim et la cité rose : comment Burckhardt atteignit Pétra en 1812
À l'été 1812, un voyageur vêtu comme un lettré d'Orient demanda à un guide local de le conduire au tombeau d'Aaron. Il disait vouloir y offrir un sacrifice. En vérité, il voulait voir une cité cachée qu'aucun Européen n'avait décrite depuis des siècles.
Un voyageur suisse au nom arabe
Johann Ludwig Burckhardt naquit en Suisse en 1784. Jeune homme, il fut engagé par une association londonienne pour explorer l'Afrique, et il prépara son voyage avec le plus grand soin. Il passa des années en Syrie à apprendre l'arabe, à étudier le Coran et le droit islamique, et à vivre parmi les gens qu'il rencontrait. Il prit le nom de Cheikh Ibrahim ibn Abdallah et parlait assez bien pour être accepté comme un voyageur érudit. En 1812, il quitta Damas pour descendre vers Le Caire, en suivant les anciennes routes à l'est de la vallée du Jourdain. En chemin, des villageois lui parlèrent d'antiquités remarquables cachées dans une vallée appelée Wadi Musa. Sa curiosité fut aussitôt piquée.
La chèvre et le guide
Burckhardt savait qu'un étranger posant ouvertement des questions sur des ruines éveillerait les soupçons. Beaucoup, dans la région, croyaient que les étrangers venaient chercher des trésors enfouis. Il avança donc une raison que chacun respecterait : il expliqua avoir fait le vœu de sacrifier une chèvre au tombeau du prophète Aaron, sur la montagne qui domine la vallée. Un tel vœu était un acte de dévotion familier, et personne ne le remettrait en question.
Un guide local accepta de le conduire. Ensemble, ils traversèrent le Siq, passèrent devant le Trésor, le théâtre et les grands édifices du centre de la cité. Burckhardt regardait tout avec une excitation croissante, mais il ne pouvait s'arrêter ni pour mesurer ni pour dessiner. Lorsque son guide commença à s'inquiéter de tant d'intérêt, il fit son sacrifice au pied de la montagne et poursuivit sa route. Sa visite ne dura qu'une partie de la journée.

Une cité qui ne fut jamais vraiment perdue
Burckhardt écrivit qu'il pensait que ces ruines étaient l'antique cité de Pétra, connue par les auteurs grecs et romains. Il mourut au Caire en 1817, et son récit fut publié en 1822. Peu après, artistes et voyageurs commencèrent à affluer, et en 1839 le peintre écossais David Roberts réalisa les célèbres images qui firent connaître la beauté de Pétra aux lecteurs de toute l'Europe.
Il importe de rappeler que Pétra ne fut jamais perdue pour ceux qui vivaient alentour. Des familles bédouines faisaient paître leurs bêtes dans ses vallées, utilisaient ses grottes et connaissaient chaque sentier de ses montagnes. Le mot « redécouverte » désigne le moment où Pétra est revenue dans les livres européens, et ce moment a entièrement dépendu du savoir et de la conduite d'un homme du pays. Burckhardt lui-même n'a jamais prétendu le contraire.
Sur ses traces
Vous pouvez retracer l'itinéraire de Burckhardt en marchant du centre des visiteurs jusqu'au Trésor par le Siq, puis en continuant le long de la vallée principale, par la rue des Façades et le théâtre, jusqu'à la rue à colonnades. Essayez d'imaginer que vous voyez tout cela pour la première fois, sans carte ni photographie, tout en cachant votre émotion à votre compagnon. Aujourd'hui, des guides bédouins de la région de Pétra conduisent encore les visiteurs sur les sentiers que leurs familles connaissent depuis des générations. Marcher avec eux est le meilleur moyen de comprendre que l'histoire de la redécouverte de Pétra est aussi une histoire de savoir local et d'hospitalité.
Questions fréquentes
Qui a redécouvert Pétra ?
Le voyageur suisse Johann Ludwig Burckhardt fut le premier Européen des temps modernes à décrire Pétra, après l'avoir visitée en août 1812 sous le nom de Cheikh Ibrahim ibn Abdallah. Mais Pétra n'a jamais été perdue pour les Bédouins de la région, qui vivaient dans la cité et alentour. Burckhardt y fut conduit par un homme du pays.
Comment Burckhardt est-il entré dans Pétra ?
Burckhardt raconta à un guide local qu'il avait fait le vœu de sacrifier une chèvre au tombeau d'Aaron, sur une montagne qui domine Pétra. Cela lui donnait une raison respectable de traverser la vallée. Il parcourut le Siq et le centre de la cité, observa tout ce qu'il put sans attirer l'attention, puis fit son sacrifice avant de poursuivre vers le sud.
Quand Pétra est-elle devenue célèbre dans le monde entier ?
Pétra devint largement connue en Europe après la publication du récit de Burckhardt en 1822, puis grâce aux dessins de voyageurs et d'artistes comme David Roberts en 1839. En 1985, elle fut inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, et en 2007 elle fut désignée comme l'une des sept nouvelles merveilles du monde lors d'un vote public mondial.
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